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Histoire d’un burn-out maternel / La Sainte Mère et le Dragon - Part. I

Dernière mise à jour : 17 févr. 2022

Avertissement

Ce texte est un témoignage.

Il est destiné à être pris en tant que tel et n’engage que moi.

Certains de mes propos peuvent choquer.

Je voulais être mère. Je voulais en avoir trois. J’en ai eu deux.

Ça valait sans doute mieux.

Un, ça aurait été suffisant.

Zéro.

Zéro, ça aurait été parfait finalement.

J’avais vraiment pas besoin de m’emmerder avec des gosses.


Ils font ressortir le pire de moi.


La colère. La haine. Des trucs que je ne savais même pas que j’avais en moi. Des trucs que je ne me connaissais pas.

Je ne me connaissais pas. En fait.


A l’origine, je suis une femme normale. Avec ses qualités, ses défauts. Comme on dit.

La rencontre de moi-même avec moi-même s’est véritablement faite en ayant des enfants.

Avant, j’ai triché.


Mon mari voulait des enfants. Moi aussi. Alors on en a eu.


Avais-je vraiment réfléchi à ce que cela signifiait d’avoir des enfants ? Non.

Je ne me suis absolument pas posé la question d’un choix possible.

Il était inenvisageable juste que je me pose la question : j’en voulais depuis que j’étais petite !


Personne ne m’avait prévenue. Ni mes amies, ni ma mère. Personne.

Ou alors je n’avais pas entendu. Ou pas voulu entendre. Possible. Probable.

Je voulais tellement en avoir.

Je voulais tellement vivre ce fantasme : être Mère.

Et pas n’importe quelle mère. Une Bonne Mère. La meilleure des mères.

Comme la mienne.

Parce que la mienne, elle était parfaite.

Une Sainte.

Toutes les femmes de ma famille étaient bourrées de patience, de bienveillance et d’abnégation. De sens du sacrifice.


Exceptée ma grand-mère paternelle.

Qui a eu des enfants parce que, à l’époque, on en faisait.

Je lui ressemble, paraît-il.

Mais moi, je les ai désirés.

C’est pire.


Le premier, pas de problème notable.

Mon mari travaillait à Paris. Moi à Nevers.

Quand le petit a eu 4 mois, on s’est installé à mi-chemin. A Montargis. Chacun une heure et quart de trajet. Deux heures et demi par jour. On pensait que ce serait mieux.

Mieux que d’habiter à Paris. Ou à Nevers.

On a coupé la poire en deux.

On aurait mieux fait de s’étouffer avec.


Le premier, donc, pas de problème notable.

Un garçon.

Ça m’arrangeait. Je n’avais pas envie de me coltiner avec une fille. Je savais à quel point cela pouvait être une plaie. Je le savais. Forcément.

De la grossesse à l’accouchement, RAS. Après, bon, on ne peut pas dire que c’était simple mais c’était gérable. Je pouvais continuer ma petite vie comme avant.

A quelques ajustements près.

Mais avec un mari beaucoup plus maternel que moi, ça faisait le taff.


« Maternel »… Est-ce que quelqu’un sait ce que ça veut vraiment dire ?

Selon le Larousse : « Maternel : qui rappelle le comportement d’une mère ».

Toujours selon le Larousse : « Mère : femme qui a mis au monde ou adopté un ou plusieurs enfants ».

Donc, si je comprends bien, être maternel, c’est avoir le comportement d’une femme qui a mis au monde (ou adopté) un ou plusieurs enfants. Et c’est quoi le comportement d’une femme qui a mis au monde ou adopté un ou plusieurs enfants ?

Hein ?


C’est à la naissance du deuxième enfant que ça a sacrément déconné.

Vingt mois après.

Une fille.

Mais ce n’est pas tant le sexe. Non.

C’est tout le reste.

C’est là que ça a déconné. Et sacrément.


Je ne sais pas véritablement quand ni comment ça a commencé.

Je trainais déjà un léger surmenage avant la naissance de ma fille.

Les allers-retours en voiture pour aller bosser, la pression professionnelle, les courses, les repas à préparer, les nuits hachées, les nuits courtes, les nuits blanches, les couches à changer, les bains à donner, les histoires à raconter.

Et la charge mentale.

La fameuse.

Tout ce qu’on doit anticiper et baliser…

Mais c’est bon, je vais y arriver.

J’y suis toujours arrivé.


Ce sont les imprévus qui m’ont mise dedans.

Les grains de sable dans des rouages déjà bien difficiles à faire tourner.

Les arrêts maladies et défaillances de la nounou de l’époque.

Les problèmes de bagnole.

Les maladies.

Les allergies.

L’asthme.

Les bronchites à répétition.

C’est fou ce qu’un enfant peut être fragile…

Et du coup, le temps qu’il faut pour gérer tout cela en plus du reste.

Le médecin qui prend sans rendez-vous est à 20 minutes de la maison. Et on attend une heure.

Mon mari est à plus d’une heure de la maison. Et il faut qu’il y ait un train.

La famille est à plus de trois heures de la maison. Et ils ont autre chose à foutre.

Et moi, je ne travaille pas vraiment. Je suis intermittente du spectacle.

Je travaille par intermittence.

Je travaille à la maison et je travaille à Nevers.

Mais c’est pas un vrai travail. Ben non. C’est une passion.

C’est pas pareil.

Je m’épanouis dans mon travail.

J’ai de la chance.

Les cours à préparer, les livres à lire, les textes à apprendre, les dossiers de subvention à rédiger, les financeurs à trouver, les partenaires à convaincre, tout ça, c’est du plaisir. Je fais ce que j’aime. Et j’arrive à gagner ma vie avec.

J’ai de la chance.

D’autant que depuis la naissance de mon fils, je ne joue quasiment plus. Ben non, je n’ai pris aucun engagement quand j’ai su que j’étais enceinte et, après, il faut le temps de créer un nouveau spectacle. Et puis, je suis retombée enceinte. Ça repousse encore. Du coup, à part quelques vieux spectacles qui se jouent de loin en loin, je ne joue plus. Et je ne crée plus.

J’ai de la chance.


Chaque jour un imprévu, chaque jour une frustration supplémentaire, chaque jour une envie à laquelle je dois renoncer.

Les plaisirs deviennent des contraintes. Les envies, des rêves inatteignables.

Je me sens compressée. Prisonnière d’un temps qui ne m’appartient plus et qui va bien trop vite.

Je dois réaliser chacune de mes tâches en deux fois moins de temps. Pour laisser la place à la gestion des imprévus.

Et mon mari dans tout ça ?

Ben, il fait ce qu’il peut.

Et moi, je me sacrifie. C’est héréditaire.

Je m’en plains, mais je me sacrifie.

Je trouve des solutions.

Je gère.

Je m’immole sur l’autel de la famille.


Mais je ne lâcherai rien.

Je tiendrai tout à bout de bras.

Je prendrai sur moi.

Et j’y arriverai.

J’y suis toujours arrivé.


Quand c’est pas l’un, c’est l’autre.

Des besoins. Toujours des besoins. Un de satisfait, un à satisfaire. Toujours un derrière.

Maman ? Oui.

Maman ? Oui !

Maman ? Oui !!!

Maman ? Quoi ?!

Maman ?

Maman ?

Ta gueule.


Foutez-moi la paix.

Je ne veux plus rien entendre.

Je veux être seule.

Je veux mourir.

Pas mourir : inexister.

Être ailleurs. Loin.

Fuir.


Non, je n’ai pas envie de jouer avec toi.

Maman est fatiguée. Maman est épuisée.

J’ai la cuisine à ranger, le linge à faire… Et tout le reste.

Débrouille-toi.


Maman ? Tu pleures, maman ?

Tu pleures ?

Maman ?

C’est rien, c’est pas grave, je suis fatiguée, aide-moi à t’habiller, allez, ton slip, ton pantalon, arrête de mettre les deux jambes dans le même trou, tu sais très bien comment faire, le bouton, mets ta tête, mets tes bras, le gilet, le manteau, les chaussures, arrête de gigoter, l’autre chaussure. On y va. Si. On y va. Tu veux pas y aller ? Ben moi j’y vais. Je vais travailler, je te laisse là. J’emmène ta sœur chez la nounou et puis tu te débrouilleras tout seul à la maison.

Je ferme la porte et j’y vais.

Il hurle.

Je mets la petite dans la voiture.

Il hurle.

Je fais chauffer le moteur.

Il hurle.

J’y retourne.

Alors, on y va ?


Je les aime en plus. Follement.

Follement.

Oui.


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