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Histoire d’un burn-out maternel / La Sainte Mère et le Dragon - Part. IV

Dernière mise à jour : 22 févr. 2022

Je vous conseille fortement de lire les articles précédents : Histoire d’un burn-out maternel / La Sainte Mère et le Dragon - Part. I, Part. II, puis Part. III avant de vous lancer dans cette lecture !


Le confinement est arrivé.

A ce moment-là, le grand a 4 ans, la petite 2 ans et demi.

Ça va. Enfin, ça va mieux.

Le travail avec le psy est long mais ça avance.

J’ai beaucoup plus conscience de mes besoins.

J’établis un planning avec mon mari pour avoir du temps pour moi.

Je lâche certaines obligations.

C’est mon mari qui passe la serpillère.

- C’est moins bien fait que moi. Mais bon. Je lâche -

Et puis, c'est le confinement, mon mari est à la maison, et j'ai la chance d'avoir son soutien indéfectible.


Malheureusement, les enfants dorment mal.

On a habitué l’aîné à dormir dans notre chambre. Il avait peur, on a essayé plein de trucs. Rien n’a marché. On a lâché. La peur a gagné. On a mis un matelas dans notre chambre.

« Maman ! Maman !

- Oui ?

- Maman, j’ai peur.

- Essaye de fermer les yeux et de penser à toutes les belles choses que tu as faites aujourd’hui.

- Maman, j’ai peur.

- Essaye de fermer les yeux et de penser à toutes les belles choses que tu vas faire demain.

- Maman, j’ai peur.

- Alors, tu prends ta peur et tu la jettes dans le trou noir de l’univers, loin, loin, loin, loin, loin.

- Maman, j’ai peur.

- T’as peur de quoi ?

- Maman, j’ai peur.

- …

- J’ai peur, maman.

- Bon, c’est bon, va dans notre chambre… »


Mais la petite, elle a peur, elle aussi. Deux ans et demi, c’est l’âge des cauchemars, des terreurs nocturnes.

« Dormir dans le grand lit.

- Non ma chérie, on est là, juste à côté, on veille sur toi, tu dors dans ton lit. Dodo !

- A loup, a loup !

- Y a pas de loup ici, le loup, il est dans les forêts, dans les montagnes, loin, loin, loin, loin, loin.

- A monstre !

- Y a pas de monstre ici, le monstre, il est dans le ciel, après la lune, après les étoiles, après les nuages, loin, loin, loin, loin, loin.

- A peur, dormir dans le grand lit, avec papa et maman.

- Non ma chérie, on est là, juste à côté, on veille sur toi, tu dors dans ton lit. Dodo !

- Maman !!! Papa !!! »


Je vais lui tenir la main.

Dès que je pars, elle hurle.

Je finis par m’endormir dans son lit.

Quand elle se réveille, y’a personne, elle hurle.


« C’est pas possible, on peut pas garder le grand dans notre chambre, c’est injuste pour la petite… bon, on fait quoi ? On tente de remettre le grand dans sa chambre ? »

On tente.

« Impossible de le rassurer. Bon, on fait quoi ? On tente de les faire dormir dans la même chambre ? »

On tente.

« C’est la foire, c’est pas possible, ça fait trois nuits que c’est la foire, on va jamais tenir les journées. On tente le dos rond ? »

On tente.

Ca y est, je suis épuisée. Le burn-out est de retour.

Il est de retour parce que c’est un moment difficile où je dors peu.

Il est de retour parce que c’est un moment émotionnellement épuisant où je ne récupère pas la nuit.

Il est de retour parce que je me dis que je loupe quelque chose en tant que maman.

Il est de retour parce que je me dis que je ne suis pas à la hauteur.

Et surtout, il est de retour parce que je culpabilise de mettre mes limites et, qu'en parallèle, si je ne les mets pas, je me fais bouffer.

Et, quand je me fais bouffer, c'est le dragon qui sort pour remettre les pendules à l'heure de la manière la plus destructrice qui soit.

Et je culpabilise de plus belle.

C'est vrai que, quand les enfants ont envie d’un truc, j’ai spontanément envie de leur dire oui. Et, en fait, j'ignore quand dire non, comment le dire, et surtout, pour quelle raison.

J'ai pas appris à mettre des limites parce que, pour moi, mettre des limites, c'est prendre le risque d'être moins aimée. Ou pas du tout.

Alors je dis : oui, oui, oui, bien sûr mon chéri, oui, j'arrive, j'arrive, j'arriiiiive !

Ou alors je dis non et puis je finis par céder parce que je culpabilise de ne pas répondre oui. Et après je suis frustrée.

Et la colère monte.

Et en une fraction de seconde, je bascule et les pires grossièretés sortent de ma bouche en un torrent hurlant, brûlant.

Et ça fait chier.

Terriblement.

Ca me fait terriblement chier.

Je me sens écartelée.

Prisonnière.


Pour moi, être mère est un sacerdoce. Un sacrifice. Le plaisir y est exclu. C’est un long chemin de croix. Une souffrance uniquement.


Ca a des conséquences d’avoir zéro plaisir : je me gave de chocolat, de glace, je décompense. Y’a pire comme décompensation mais n’empêche que j’ai bien pris 15 kilos entre le premier accouchement et la fin du burn-out. Si ce n’est 20.

Voire plus.

Je ne me pèse plus.

Je ne veux pas savoir.


Le burn-out, c’est vraiment un combat contre soi-même et, en même temps, c’est un chemin pour arrêter de se combattre. Pour se foutre la paix.

Et apprendre à dire non. Donc apprendre à accepter sa peur de ne plus être aimé. Apprendre à lâcher tout ce qu’on s’est forgé pour être aimé. Tomber le masque. Accepter sa fragilité. Ses failles. Ses manques.

On peut porter des masques longtemps. En société, c’est facile. Mais au sein de la cellule familiale, il y a un moment où ça craque. Forcément.

Ca me rend triste.

Je vois les progrès que je fais et en même temps, je me vois faire et refaire les mêmes erreurs. Moins fort, peut-être. Avec une meilleure capacité à me pardonner, sans doute. Mais quand même.

Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Et mes enfants dans tout ça ? Est-ce qu'ils vont garder la trace de mes maltraitances ?

Sans doute.

J'ai honte.

Mais j'en parle. A mon mari, à mes enfants, déjà.

Je dis que ce n'est pas bien d'agir comme je le fais, que je fais du mieux que je peux, que je me fais aider pour ne plus agir comme cela mais que...

C'est long.


Je ne m’en sors pas.

Plus j’ai conscience des choses, plus c’est dur à vivre. Plus je suis lucide vis-à-vis de mes erreurs, plus c’est difficile de me les pardonner.

Mon psy dit que je suis trop dure avec moi-même. Je ne m’épargne rien. Je ne me laisse rien passer.

Ben... oui.

Mais j’ai autre chose à foutre que de me prendre dans les bras et de me cajoler en me disant « je t’aime ».


La paix. C’est ça que je veux.

Trouver la paix.

Avoir la paix.

Qu’on me fiche la paix.

Et, surtout, que je me fiche la paix à moi-même.


La paix...

J'envisage pour la première fois le suicide comme solution. Pour l'instant, ce n'est qu'intellectuellement. Mais c'est inquiétant car je ne l'avais jamais envisagé auparavant. Jamais.

Je suis en colère. Je suis en colère parce que j'ai peur de ne pas être aimée.

Et je suis en colère d'être en colère.

Toutes les solutions non-violentes que j'envisage sont hyper difficiles à tenir.

En ce moment, je fais la méthode bouddhiste de thich nhat hanh : "Je reconnais ma colère sur l'inspiration et, sur l'expiration, je lui envoie tout l'amour et la compassion de mon cœur pour la libérer et la transmuter" et ben j'en ai marre parce que je souffre et que j'ai mal et que j'en ai marre d'envoyer tout mon amour à ma colère.

Donc c'est vraiment sans espoir.

Et je refuse de vivre comme ça en cycle colère/culpabilité/colère-d’être-en-colère/double culpabilité. C’est terminé. J’arrête de chercher des solutions. J’ai trop mal, c’est trop dur, trop violent. Pour moi. Pour ceux que j’aime. De quel droit je leur impose mon mal-être, ma colère constante ? Ils n’ont rien demandé. Et moi, je croyais pouvoir m’en sortir mais plus je quitte les masques, plus j’ai mal. Je suis à vif. Je n’ai que moi avec ma colère, ma tristesse, mon désespoir.

La moindre demande, la moindre remarque, même anodine, m’entraine directement au fond.

Et tous les soirs, je me dis : « Ca va aller. Demain, ça va aller. Je vais y arriver »

Et tous les matins, je sombre.

C’est fini. J’ai tenté de m’en sortir.

Reste maintenant la fuite ou la mort.

Ce qui revient au même.

Juste avant le confinement, ma meilleure amie s’est suicidée. Je ne comprenais pas. Je me disais : « il y a toujours un espoir, une solution, une lueur ».

Ben faut croire que non. Tant pis.

Je vais peut-être la retrouver, ma copine, errant dans les limbes.

Et on se boira des coups.

A la santé des mères indignes et des destins tragiques.


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