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Histoire d’un burn-out maternel / La Sainte Mère et le Dragon - Part. II

Dernière mise à jour : 18 févr. 2022

Je vous conseille fortement de lire l'article précédent : Histoire d’un burn-out maternel / La Sainte Mère et le Dragon - Part. I, avant de vous lancer dans cette lecture !


Chronologie :

– parce qu’il faut bien comprendre que les changements se sont succédé sans que peut-être, j’ai eu le temps de les intégrer –

– non, parce qu’il faut bien comprendre que les changements se sont succédé sans que véritablement, j’ai eu le temps de les intégrer –

En 2013, rencontre avec mon futur mari. J’ai 35 ans, il en a 31.

En 2015, un appartement à Paris, un autre à Nevers. C’est cool. Je fais ce que j’aime. Lui aussi. La belle vie de couple sans enfants.

En janvier 2016, naissance de mon fils.

En mai 2016, quatre mois après, double déménagement à Montargis. Et mariage.

Décembre 2016, on remet en route un enfant. J’ai 39 ans. Faut se dépêcher.

Septembre 2017, naissance de ma fille.

Mai 2017, depuis que ma fille est gardée chez elle, la nounou maltraite mon fils. Merveilleux.

Août 2017, baptême des deux.

Septembre 2017, mon mari est muté à Rennes.


Et oui.

Un an après la naissance de ma fille, on a déménagé à côté de Rennes.

C’était mieux. Mon mari n’avait plus que vingt-cinq minutes de transport par jour.

Et moi, plus de boulot. Donc plus de transport.

Mais plus de boulot.

En même temps, j’avais besoin de me reposer. Ça tombait bien.

Sauf que rien n’a changé.

Toujours épuisée. Toujours en colère. Toujours frustrée.

Et pas de lien social.

Je n’en avais quasiment pas à Montargis.

Mais à Rennes, ou plus exactement à 25 mn de Rennes, c’était carrément le désert.


Je suis en dépression, c’est clair.

Certains de mes amis évoquent le burn-out.

Burn-out de quoi ?! J’ai plus de boulot !

Je passe mes journées à rien foutre. J’ai même du mal à tenir la maison.

Burn-out quand même.

Mais j’ai pas voulu le voir, l’entendre, au début.

J’ai attendu d’être au bout du bout pour le réaliser.

Bourrique.


Je fais bonne figure devant les autres. A peu près.

Et quand mon mari est là, ça va. A peu près.

Mais à la maison, seule avec mes enfants, c'est le dragon qui gouverne.

Tous les soirs, je me dis « ça ira mieux demain »

Tous les matins, je me dis « je vais y arriver ».

Ma mère y est arrivée, toutes les mères y arrivent.

Sauf les tarées qui congèlent leurs gamins.

Je vais y arriver.

J’y suis toujours arrivé.


Je fais mon taff de maman

– si tant est qu’il soit défini… dixit le Larousse –

Je les nourris, je les habille, je les soigne, je les change.

Pour le reste, faut voir avec papa.

Quand il faut jouer, je m’ennuie avec eux. Je ne sais pas quoi faire.

Je n’éprouve pas de plaisir. Que de la contrainte.

Du temps perdu.


Si je l’avais ce temps, à quoi je l’utiliserais ?

Du temps pour soi. Pour prendre son temps.

Du temps à ne rien faire sans culpabilité.


En fait, j’en ai du temps. Plein.

J’ai plus de boulot, alors j’en ai du temps.

C’est pas ce qui manque.

Mais je dors.

Je pleure et je dors.

Et je regarde la télé.

Et je bouffe.

Pour oublier.

16h, faut que j’aille les chercher dans 20mn.

Merde.

J’ai pas vidé le lave-vaisselle, j’ai pas fait la lessive, j’ai pas rangé, j’ai pas préparé le repas, j’ai pas lavé les biberons.

J’aurais pas le temps de tout faire.

Tans pis.

Je vide le lave-vaisselle.

Je lave les biberons.

Le reste attendra.

C’est dégueulasse, tant pis.

M’en fous.

C’est nul.

J’suis nulle.

Je fais rien.


Je vais les chercher.

Je fais à manger.

Je fais le bain du grand.

J’attends que ça passe.

4h à tenir jusqu’au coucher des monstres.

Pourvu que ça passe vite.

Qu’il n’y ait pas de crises.

Pas de cris.

Pas de problèmes.

Que ce soit parfait.


J’ai peu de satisfactions.

Le sourire de ma fille est vite effacé par le tic tac de l’horloge.

Les parties de chatouille écourtées au profit de l’alarme qui nous rappelle à l’ordre, à l’heure, à la contrainte, au temps qui passe.

« Il est 8h25 »

L’horloge parlante sur mon téléphone.

En anglais.

« It’s 8:25 am »

Ça marche quand même.

Peu de satisfactions quand le temps est compté tout le temps.

Tout le temps compter le temps.


En vacances, c’est différent.

Mais là, il me manque du temps pour moi.

J’attends la sieste avec impatience.

En général, moi aussi je dors, tellement je suis exténuée.

Du coup, il me manque effectivement du temps pour moi.

Tu les prends cet aprèm’, mon chéri ? Tu vas à la plage avec eux ? Hein ?! Tu veux aller courir maintenant ?!! Pfff… Oui je sais que tu en as besoin mais moi j’ai besoin d’être seule. J’ai pas envie d’entendre les disputes ni les chouin-chouins, je suis fatiguée… Oui, je sais que tu les as pris toute la matinée… Ben oui, je sais… Non mais ok, c’est bon… c’est bon, j’ai compris… Non, mais c’est bon, j’ai compris, j’te dis !!! Vas-y… C’est bon. Ça va aller. J’vais m’débrouiller.


Je vais à la plage.

Finalement, c’est plutôt chouette.

Il fait beau mais pas trop chaud.

Je fais des pâtés, des châteaux.

Je sens le sable sur ma peau. C’est agréable.

Les enfants sont contents.

Ils courent partout. Je surveille du coin de l’œil.

Maman, on fait un château ?

Maman, on fait la course ?

Maman, on va chercher de l’eau ?

Et si on allait ramasser des coquillages, les enfants ?

Ouais !!!

C’est chouette.

Je souris, je prends des photos, je les accompagne au manège. On prend une glace. On rigole.

C’est les vacances.

Ça va aller maintenant.

Tout va bien se passer.


Les enfants, on rentre !

Si. C’est l’heure.

Faut rentrer prendre la douche et préparer à manger.

Si. C’est l’heure.

Putain, c’est pas possible, c’est reparti. Ils peuvent pas dire « oui maman, bien sûr maman, avec plaisir maman. » Je voudrais des robots, des poupées. Pas des enfants. J’avais pas compris. Je savais pas. Pourquoi personne ne m’a prévenue.

C’est où le SAV ?

J’en peux plus.


J’ignore si la difficulté d’être mère est une constante chez les mères mais, en tout cas, je trouve qu’elles ne le montrent pas.

C’est honteux d’avoir du mal à être une maman.

En tout cas, pour moi, ça l’est.

« Tu verras, y’a rien de plus naturel qu’être maman… Tu verras, quand tu prendras ce petit bout dans tes bras… Tu verras, y’a rien de plus fort ! Tu verras… »

J’ai vu. Mais on ne m’avait pas dit que ça venait avec tout un tas d’emmerdes.

On n’en parle pas de ça !

On ne parle pas de la pression que ça met sur la vie. Des timings à tenir. Des injonctions à respecter.

Non. Parce que : « Oh, c’est trop mignon à cet âge-là !... Faut en profiter, ils grandissent trop vite ! »

Ah ouais ? Moi, je voudrais qu’ils aient déjà 18 ans et qu’ils soient plus là.


Et toutes les discussions des parents à l’école ou des copains, qui sont loin et qu’on voit de moins en moins :

« Pour les compotes, on a acheté des gourdes recyclables à Biocoop, du coup, on fait zéro déchet !

- On a mis des LEDs partout, du coup, on limite notre empreinte carbone !

- On a fait un grand potager, du coup, on mange que du bio !

- On fait du compost, du coup, j’ai qu’une poubelle par semaine !

- On a des poules, du coup, plus de déchets et plein d’œufs frais !

- Je fais ma propre pâte à tartiner, du coup, c’est moins cher et sans huile de palme !

- On récupère les eaux de pluie, on a des toilettes sèches, on n’achète plus de bouteilles en plastique, on utilise des couches lavables, on n’achète plus de tomates en hiver, on n’achète plus de mangues en été, on n’achète plus de mangues du tout d’ailleurs : empreinte carbone trop importante, on achète des légumes de saison, on fait des bocaux, on fait des compotes, on fait le marché, on fabrique nos produits d’entretien, on est adepte de l’économie circulaire, on construit nos propres cadeaux de Noël...! »


Et chez le pédiatre :

« Il faut qu’ils mangent équilibré. Surtout pas trop de protéines, ça favorise l’obésité. Ils prennent combien de laitages ? Ah, c’est pas assez, faudrait augmenter les laitages. Vous pouvez rajouter du fromage le matin. Ils jouent bien ? Ah, la petite a une toux chronique ? Ah, non, faut surtout pas arrêter le lait de croissance pour ça. Ca n’a jamais été prouvé. Les laits végétaux, c’est bien, mais y’a pas tous les nutriments nécessaires. Faudrait reprendre le lait de croissance. Vous avez arrêté le gluten ? Toujours à cause de la toux ? Elle tousse encore ? Ah ben c’est bien si elle tousse plus. Mais vous savez le « sans gluten », c’est une mode. Il faudrait faire des tests complémentaires pour savoir ce qu’elle a vraiment. Je vous prescris une radio des poumons déjà, et puis après on verra… »

On n’écoute jamais les intuitions des mamans ?! Je vous dis qu’elle est intolérante au gluten, je le sais, je le sens. C’est pas faute d’avoir essayé de calmer la toux par les voies médicales : ventoline, flixotide, desloradatine, cortisone… y’a rien qui marche alors au bout d’un moment, j’en ai un peu marre de la gaver de médocs qui ne marchent pas sachant que le problème peut être réglé par l’alimentation !

Bon ça, je ne le dis pas, je le garde pour moi.

Je dis oui oui merci on va faire comme ça au revoir.

Et je fais comme je le sens.


Mais le fait d’être constamment confrontée au « vaudrait mieux faire comme ça », « il faudrait éviter de faire ça », « vous savez, ils ont besoin de ça », ça me rend dingue.

Et l’éducation bienveillante… Etre une bonne mère :

Faut pas crier, faut expliquer, négocier, faire des choix fermés.

Faut faire diversion, faire du problème un jeu, faire des phrases positives, reconnaître les émotions de l’enfant.

Etre empathique, bienveillant, calme, à l’écoute, compréhensif, et encore plein de trucs super positifs qui me semblent juste inatteignables.

Et en plus de ça, faut faire tout le reste :

Gérer le budget familial, faire des courses économiques, écologiques, faire du compost.

Manger bio, local, équilibré, faire ses compotes, réduire ses déchets, économiser l’eau, le gaz, l’électricité, sauver la planète.

Et rester une femme :

Garder la ligne, faire du sport, avoir un bon boulot, ne pas se laisser aller, faire l’amour régulièrement, prendre soin de soi.

C’est quand j’ai acheté une yaourtière pour faire mes propres yaourts au lait végétal que je me suis rendu compte que j’allais trop loin.


Je voudrais être parfaite donc c’est toujours un combat.

Qu’est-ce qui est le mieux ? Ça ou ça ?

Est-ce que je peux me permettre de m’acheter des culottes ce mois-ci ? Est-ce que j’ai vraiment besoin d’une yaourtière ? Est-ce que je prends des pâtes au maïs ou au riz ? Du brocoli ou du chou vert ? Des steaks bio ou des pas chers ?

Je pèse tout, tout le temps. Le pour et le contre.

C’est quoi le mieux ? Hein ?

Le mieux, c’est de ne pas avoir d’enfants, comme ça, on n’est pas obligé de s’emmerder la vie.


Comment elles faisaient nos mères ?




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