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De l'efficacité de la psychothérapie et des psychothérapeutes

Déjà, ce qu’il faut savoir, c’est que les études ont montré que suivre une psychothérapie donne de meilleurs résultats que de recevoir un placebo ou que de ne rien faire du tout, et que les acquis de la thérapie bénéficient aux patients au-delà de leur seule problématique psychologique.

Par Marcel Strauß sur Unsplash

Cependant, quid de la méthode utilisée ? Quelle psychothérapie choisir ?

Les études montrent encore que, quelle que soit la méthode psychothérapeutique pratiquée, elles sont toutes aussi efficaces.

Il existe, en France, plus de 400 formes de psychothérapies différentes ! Bon courage…

Et, à ce propos, méfions-nous des dérives sectaires, je ferai un article là-dessus prochainement. D’ici là, vous pouvez toujours vous rapprocher du site de la Miviludes.


Une thérapie efficace


Même si le résultat de l’étude qui suit est contestable puisque les variables sont interdépendantes et dynamiques, Lambert et Barley (2001) mettent en évidence les variables du changement thérapeutique et montrent que l’efficacité d’une thérapie dépend :


- Pour 40% de facteurs extérieurs à la thérapie (soutien extérieur, changement de contexte, évènement fortuit…)


Déjà, ce résultat permet d’éviter aux psychopraticiens de se prendre la grosse tête !

Il est vrai que, parfois, un changement de contexte seul suffit à sortir d’une situation de souffrance psychique. Dans les cas où la souffrance psychique est réactionnelle, notamment, celle-ci peut parfois être évacuée par des changements au niveau de l’environnement extérieur, changements qui ne dépendent ni du psychothérapeute, ni, parfois même, du client lui-même.

J’en suis un bon exemple. Lorsque j’ai repris un travail en CDD – je n’étais pas encore totalement sortie de mon burn-out maternel, même si j’allais mieux –, j’ai arrêté de voir mon psy parce que le fait de retrouver une utilité et du lien social m’ont véritablement permis de sortir la tête de l’eau.


- Pour 30% de facteurs communs à la thérapie :


Ces facteurs communs font partie du cadre de l’intervention psychothérapeutique :

  • L’alliance thérapeutique : entente entre le client et le thérapeute (qualité du lien), entente sur les buts, entente sur les tâches.

  • L’empathie

  • La considération positive inconditionnelle

  • La congruence (ou authenticité)

Voir, à ce propos, La Relation d’Aide et les Attitudes de l’aidant, sur mon site.

Pour qu’il y ait changement, ces attitudes doivent être non seulement présentes chez le thérapeute mais également perçues par le client.

Des recherches sont encore nécessaires afin de préciser quels autres facteurs rentrent dans cette catégorie.


- Pour 15% des attentes du client par rapport à la thérapie (effet placebo, particulièrement)


Les attentes qu’une personne entretient vis-à-vis du traitement sont déterminantes dans le succès des interventions. Ses représentations de la maladie, son désir de guérison, son engagement, le sens qu’il donne et à la maladie et au traitement, constituent l’un des principaux mécanismes de l’effet placebo.

C’est là aussi qu’il faut considérer que le client est expert de ce qu’il vit, pense, sent et pressent, à la fois de son problème et de la thérapie, et ce, tout au long de son accompagnement.


- Pour 15% des techniques spécifiques utilisées dans cette thérapie (hypnose, désensibilisation, etc.)


Cette dernière donnée est à prendre avec beaucoup de précautions car, sur le plan méthodologique, elle est difficile à évaluer.

En revanche, ce que l’on connaît, c’est l’impact du psychothérapeute lui-même sur le résultat de la thérapie. Le thérapeute joue un rôle bien plus important que le type de psychothérapie et les techniques thérapeutiques qu’il utilise.


En conclusion : « Hormis l’efficacité absolue des psychothérapies, que l’on peut considérer comme admise, les questions liées à l’efficacité comparative et à l’impact des facteurs spécifiques font débats. Si le rôle de l’alliance thérapeutique est admis, sa fonction dans le processus psychothérapique reste à étudier de manière plus détaillée. Enfin, la contribution décisive des qualités personnelles du psychothérapeute, quelle que soit l’école à laquelle il appartient, est rassurante et remet au premier plan la dimension humaine du processus psychothérapique. » / J. -N. Despland, L’encéphale, 2006.


Dysfonctionnement des psychothérapies


En miroir des « facteurs thérapeutiques communs », il y a des facteurs de détérioration, qui se retrouvent dans toutes les thérapies. Les études montrent que 5 à 10% des patients adultes voient leur état s’aggraver (12 à 20% chez les enfants). L’abandon des soins est également assez élevé : 25 à 50% selon les études, résultats qui mériteraient d’être sérieusement affinés. En outre, les thérapeutes ont des difficultés à évaluer les patients à risque d’aggravation ou de désaffection.

Dernier point, les thérapeutes plafonnent en efficacité rapidement au cours du temps et, certaines études montrent même que leurs performances diminuent pendant leur carrière.

Selon Cazauvieilh (2015), deux indicateurs sont systématiquement associés à de meilleurs résultats : une bonne alliance thérapeutique et des résultats positifs en début de traitement.

Ainsi, il est nécessaire d’avoir connaissance de solutions qui permettraient de faire progresser les psychothérapies sur ces points.


Des voies pour améliorer l’efficacité des psychothérapeutes


L’efficacité de la thérapie dépend en grande partie du thérapeute, du client et de leur relation.

Dans une étude de Jennings et Skovholt (1999) qui ont sélectionné dix thérapeutes reconnus comme experts par leurs pairs, on constate que c’est l’engagement continu et soutenu à s’améliorer professionnellement qui les caractérise : passion d’apprendre, ouverture émotive à leur expérience et aux feedbacks apportés par clients et collègues. Leurs processus d’intervention reposent sur leur habileté à établir et réguler la relation thérapeutique.

Pour cela, la conscience réflexive, le suivi continu des résultats et la pratique délibérée sont des voies de développement de son efficacité à explorer.


Conscience réflexive

Les psychothérapeutes efficaces seraient ceux qui arrivent à une compréhension dynamique et structurée en demeurant disponibles émotionnellement à soi et à l’autre, lorsqu’ils s’engagent dans une alliance thérapeutique.

La supervision augmente donc l’efficacité d’un psychothérapeute puisqu’elle permet d’avoir un espace réflexif et distancié sur l’accompagnement thérapeutique et, ainsi, de préciser des pistes pertinentes pour accompagner de manière ajustée. La supervision est également un espace du développement de l’identité et de la compétence professionnelles.

De même, la pratique régulière d’un auto-questionnement sur la manière dont le thérapeute déroule le processus de l’accompagnement (en position méta) paraît essentielle. Dans Comment inviter la réflexivité en thérapie : la pensée pratique du psychothérapeute, Fabienne Kuenzli donne, en fin de document, un exemple de questions à se poser, je vous invite à les consulter.


Suivi continu des résultats et pratique délibérée

Une des particularités d’un thérapeute efficace est qu’il est attentif et sensible au feedback du patient, qui peut être récolté grâce à des questionnaires, et ce, tout au long du traitement afin de suivre la qualité de la relation thérapeutique et pour mieux engager le patient dans sa thérapie. Le changement peut et doit être monitoré dès le début du traitement et en continu pour s’assurer de la réponse du patient et ajuster le traitement.

Engager des exercices de pratique délibérée, forme très spécifique d’entrainement, et les coupler à un feedback adapté (suivi continu des résultats) permet aux thérapeutes de s’améliorer.

Je développerai ce point dans un très prochain post.


Choisir un thérapeute


C’est essentiel de s’autoriser à trouver le bon ! Et donc à le chercher…

Au vu de ce qui a déjà été dit ci-dessus, des résultats positifs dès le début donnent de meilleurs résultats à la fin ! Il est donc nécessaire de sentir, évaluer intimement, si les premières séances sont positives pour vous.

Mais comment évaluer cela justement ?

Déjà, à l’issue de la première séance, vous pouvez vous demander si vous vous êtes senti soulagé, moins confus, ou tout simplement « mieux » qu’en venant. C’est déjà un bon indicateur.

Et puis, est-ce que la relation avec le thérapeute était agréable ? Vous êtes-vous senti accueilli, compris, entendu ? Vous sentez-vous à l’aise avec lui ?

La première impression est souvent la meilleure, faites-vous confiance !

Si vous sentez que ce n’est pas la bonne personne, changez ! « Toujours plus de la même chose donne toujours plus du même résultat », alors mieux vaut éviter de perdre son temps.

Nous avons vu précédemment qu’un thérapeute efficace est ouvert aux feedbacks et sait se remettre en question. Vous pouvez le questionner sur sa manière d’accompagner, sur les approches employées, sur la manière dont il remet en question sa pratique.

Tout au long de la thérapie, demandez-vous si vous en retirez à chaque fois des bénéfices. Ceux-ci peuvent se faire plus faibles parfois mais si vous avez plaisir à y aller et que vous sentez que vous avancez, continuez.


Sources :
- M. J. Lambert, D. E. Barley, « Research summary on the therapeutic relationship and psychotherapy outcome », Psychotherapy: Theory, Research, Practice, Training, 38, 2001, p. 357-361.
- M. Jaeken, L. L. Verhofstadt et N. Van Broeck. « Qu’est-ce qui détermine l’efficacité d’une psychothérapie ? Brève mise à jour scientifique »,Bulletin de psychologie, tome 68 (3)n 537, mai-juin 2015.
- M. Drapeau, L. G. Gastonguay, C. Lecomte, M. J. Lambert, D. R. Kraus. « Documenter l’efficacité des interventions en psychothérapie », Ordre des Psychologues du Québec, Vol. 1, N°1, Mars 2010.
- C. Cedraschi, A. -F. Allaz, V. Piguet, J. Desmeules. « Le placebo, un allié mésestimé... », Rev Med Suisse 2011; volume -3. no. 301, 1396 – 1399.
- J. -N. Despland, « L’évaluation des psychothérapies », L’encéphale, 2006 ; 32 : 1037-46, cahier 2.
- M. -S. Drouin, V. Guillon, C. Lecomte, R. Savard, « Qui sont les psychothérapeutes efficaces ? Implications pour la formation en psychologie », Revue québécoise de psychologie (2004), 25(3), 73-102
- L’effet de détérioration en psychothérapie, 2 janvier 2016 - Association Française pour l’Information Scientifique, AFIS Science
- Chow, D. L., Miller, S. D., Seidel, J. A., Kane, R. T., Thornton, J. A., & Andrews, W. P. (2015), The role of deliberate practice in the development of highly effective psychotherapists. Psychotherapy, 52, 3, 337-345.
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